Cang Tin, un collectif lausannois pour la culture vietnamienne

7 juin 2022

Ils viennent de sortir un livre de cuisine et lancent d’innombrables projets culturels. Rencontre avec cinq passionnés.

Cang Tin est un jeune collectif visant à mettre en lumière et valoriser la culture vietnamienne. Né en 2018, il est composé de Vinh et Zoé Nguyen, designers industriels, Valentin Kaiser, designer graphique, Cynthia Mai Ammann, photographe, Matheus Vo-Ngoc, juriste. Ils ont en commun leurs pratiques dans le milieu culturel et artistique ainsi qu’une attache avec le Vietnam. Leur démarche s’apparente à «un projet de recherche nous permettant d’explorer et d’approfondir nos connaissances sur la culture et l’histoire du pays de nos parents». Rencontre.

 

Pouvez-vous décrire en quoi consiste Cang Tin et comment est né le collectif?

Q. Vinh Nguyen: En 2018, on a commencé à avoir des discussions avec Valentin sur le fait d’initier des projets concernant le Vietnam mais on ne savait pas vraiment quelle forme ça allait prendre. On voulait mettre en lumière la culture vietnamienne en utilisant les compétences liées à nos domaines d’expertise. Peu de temps après, Cynthia, Zoé et Matheus nous ont rejoints. On a tous et toutes grandi en Suisse avec une culture vietnamienne et c’est de cette singularité dont on tire parti pour amorcer des projets liés à la communication visuelle et au design. Quant au nom “Cang Tin”, il a été choisi pour le message qu’il porte en lui. D’une part, il témoigne de la colonisation française, c’est une vietnamisation de “cantine”. D’autre part, c’est un lieu de partage qui correspond parfaitement à notre démarche collaborative et transdisciplinaire. On trouve aussi une multitude d’objets dans une cantine que l’on se réapproprie pour mener nos projets.

 

Votre approche est multidisciplinaire (cuisine, textile, design d’objet, de vêtement, photo, recherche théorique) et collaborative. Comment naissent vos projets? Comment les choisissez-vous?

Q. Vinh Nguyen: Tout se fait toujours de manière organique. Lorsqu’une personne de l’équipe a une idée, on en discute pour former un groupe qui pourrait mener le projet au mieux. Le focus est toujours d’avoir un lien avec le Vietnam, de pouvoir retranscrire un narratif intéressant et surtout qui puisse éclairer et informer les gens. J’insiste sur le fait d’informer parce qu’on entend souvent beaucoup d’absurdités et de choses inexactes concernant le Vietnam. On essaie d’éviter que les gens fassent des “Banh Mi Salade” vu que par définition le Banh Mi est un sandwich mais ça arrive encore…

Beaucoup de personnes pensent qu’on est un restaurant ou un service traiteur mais le médium de la nourriture est juste un prétexte ou une raison pour créer des expériences, des objets, des livres ou encore des habits. De fait, on n’initie jamais des projets de nourriture sans qu’il y ait un narratif ou un contexte intéressant.

Vos projets s’adressent-ils principalement à la scène dont vous êtes issu.e.s (art & design) ou est-ce qu’ils visent un public plus large?

Q. Vinh Nguyen: Je pense qu’on s’adresse à quiconque serait intéressé par la culture vietnamienne. C’est vrai qu’on a une grande audience dans le monde de l’art et du design mais c’est probablement juste en raison de nos pratiques et de nos parcours.

À Large/Kiosk, on vend «Cang Tin  Food Club n.1». Est-ce que vous prévoyez déjà de sortir d’autres numéros

Q. Vinh Nguyen: L’idée avec “Cang Tin Food Club” est de sortir un livre de recettes à chaque fois que l’on atteint 3-4 collaborations ou événements, donc j’espère qu’il y en aura beaucoup d’autres! On est également en train de travailler sur un livre sur les artisanats, les savoir-faire et la nourriture de Lam Dong dont le chef-lieu est Dalat.

Valentin Kaiser: Ce livre est un projet de longue haleine, on est parti fin 2019 au Vietnam afin de commencer le travail de recherche, produire les contenus photographiques et textuels. On travaille actuellement sur la recherche de fond et d’un éditeur.

Plusieurs projets individuels sont aussi en route, on les reliera à Cang Tin. Cynthia par exemple fait un travail photographique sur Saigon et Vinh travaille actuellement sur un projet sur les objets coloniaux au Vietnam.